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DEBAT SUR LA TRANSITION ENERGETIQUE 1/3 - COMMENT ALLER VERS LA SOBRIETE ENERGETIQUE ET L’EFFICACITE ENERGETIQUE

La question de la transition énergétique est un enjeu primordial, une nécessité qu'il nous faut appréhender de manière globale.

Nous savons que même en réduisant grandement les déperditions et le gaspillage d'énergie, autant dans le secteur du bâtiment, que dans celui des transports ou du secteur industriel, la demande générale d'énergie devrait continuer de croître. D'après le scénario de référence de l'AIE (Agence internationale de l'énergie), la demande mondiale en énergie primaire devrait croître de 40 % entre 2007 et 2030. Nous avons donc besoin d'une volonté politique forte des pays développés pour impulser un nouveau modèle. Pour que les modes de consommations et de production interrogent en permanence les usages au regard de l'intérêt général et de l'utilité sociale.

Nous ne pouvons pas nous contenter de l'éternel débat sur les modes de consommation ou de production. La question ne se pose pas non plus simplement en terme d'énergie fossile versus énergie renouvelable. Nous devons aller plus loin.

Nous ne pouvons pas nous satisfaire d'un capitalisme vert, qui sous couvert de développement dit durable, ou soutenable, fait perdurer la logique d'accumulation et de concentration des richesses et des ressources au seul profit d'un petit nombre. Or c'est bien l'exact inverse qu'il nous faut rechercher, c'est-à-dire une répartition équitable et équilibrée entre tous, selon les besoins et en fonction des capacités.

De même axer notre politique énergétique sur la seule décroissance nous semble réductrice car nous devons prendre en considération le fait que 1,34 milliard de personnes n'ont toujours pas accès à l'électricité dans le monde et que 2,7 milliards dépendent toujours de la biomasse traditionnelle et du charbon comme source principale de combustible. Par ailleurs, en France, 16% de la population a du mal, ou ne peut pas régler ses factures d'énergie et 150 000 coupures d'électricité impactent le quotidien des personnes chaque année. En 10 ans, le nombre des coupures aurait été multiplié par dix. Il faut donc d'un côté pouvoir répondre de façon plus égalitaire aux besoins de tous en réduisant par ailleurs le gaspillage et les excès des autres, et cette problématique ne s'applique d'ailleurs pas seulement à l'énergie, mais à bien d'autres ressources.

Les économies d'énergie que nous imposent sobriété et efficacité doivent relever d'une démarche volontariste, en considérant l'anticipation des besoins et la disponibilité des ressources disponibles. Pour cela, nous devons mettre en place des politiques de planification. Or, la logique marchande conduite par les grandes entreprises et leurs lobbys a amené au pillage des ressources et à la consommation excessive. Aujourd'hui cela nous met dans une situation où l'on peut se demander si l'austérité ne devient pas progressivement une forme de sobriété imposée ...

Or la restriction imposée, sans réflexion sur les usages, par l'augmentation des prix, ne ferait qu'aggraver une situation déjà inacceptable. Il s'agit donc de rechercher l'efficacité et la sobriété énergétiques, et pour cela, faire le tri entre les usages socialement utiles et le gaspillage pure et simple.

Ainsi le chauffage, l'éclairage individuel et urbain, les transports collectifs ne doivent pas être mis dans le même panier que l'éclairage publicitaire, les 4*4 urbains et tous les usages peu rationnels et inadaptés.

La priorité doit donc porter sur les biens et services socialement utiles. En premier lieu, le logement. C'est dans ce secteur, par la réhabilitation thermique des logements anciens, et par la construction de bâtiment HQE, que les économies d'énergie seront les plus importantes.

Le transport, et singulièrement le transport de marchandise –secteur le plus énergétivore- est à repenser. Ainsi, alors qu'aujourd'hui les transports (tous types confondus) sont responsables de 26% des émissions de gaz à effet de serre, il convient d'engager des politiques réellement volontaristes afin de réduire le transport automobile.

Plusieurs alternatives, économiquement viable à long terme sont possibles–à condition de faire les investissements d'infrastructure nécessaire.

Je pense évidemment au transport ferré des marchandises, en recule de plus de 20% depuis l'ouverture à la concurrence du Fret. Ce qui, soit dit en passant, démontre à quel point les logiques libérales sont aux antipodes d'un développement humainement et écologiquement durable.

Je pense au transport fluvial, qui est le mode de transport le moins émetteur de GAS. Mais pour en assurer un développement significatif dans notre région et dans notre pays, il nous faut relier le bassin fluvial du Rhône à celui du Rhin.

Des projets très aboutis et complets de creusement du canal Saône-Moselle-Rhin n'attendent que le feux vert du gouvernement. Mais cela demande un vrai courage politique, et notamment celui de rompre avec le dogme de l'austérité !

Des solutions simples permettraient de renforcer ces deux secteurs, comme l'interdiction de transport par camion de toutes les marchandises qui ne font que transiter sur le territoire national.

Le Gouvernement pourrait d'ailleurs immédiatement ne pas autoriser la circulation des 44 tonnes décidée par Bruxelles.

On peut aussi évoquer des quotas, en tonnes de marchandise transportée, sur nos routes. Le transport par route serait donc principalement utilisé pour la livraison des derniers kilomètres.

Pour ce qui est du transport des personnes, des efforts accrus doivent être consentis dans le domaine du transport collectif, urbain et régional. Pour cela, des investissements nécessaires à l'amélioration du réseau ferré –avec des réouvertures de lignes dans certain secteur, je pense à l'Ardèche, seul département de France métropolitaine dépourvu de trafic et d'arrêt voyageur ferroviaire.

Mais nous devons aussi veiller à l'attractivité en terme de coût pour l'usager. La gratuité du transport collectif n'est pas un tabou ni un doux rêve, elle doit être sérieusement débattue.

Nous profitons de ce débat pour mettre en garde sur une réforme du système ferroviaire qui aurait pour conséquence, entre autre, une dégradation de la qualité des conditions de transports des usagers qui ferait reculer le report modal.

Il convient également de revenir à un aménagement équilibré du territoire, rompant avec l'esprit de mise en concurrence des territoires. L'analyse des besoins et capacités énergétiques des territoires est un préalable, afin de permettre la construction d'un réseau intelligent d'unité de production d'énergie.

Dans cet esprit, les terres agricoles doivent être préservées de la tentation d'en faire des lieux d'exploitation industriels de production d'énergie de toutes sortes. Les sites remarquables doivent également protégés.

Vous le voyez bien, tout cela demande de changer de modèle économique, et donc de tourner résolument le dos au concept d'énergie-marchandise. L'Energie est un droit, indispensable au fonctionnement de toute société humaine moderne. Elle ne peut pas être laissée à la seule main invisible du marché. Elle doit être collectivement gérée, au plus près des besoins et des ressources disponibles, dans un équilibre de respect de l'environnement et des besoins humains.

Personne ne pourra échapper au débat sur le besoin de créer un véritable pôle publique des énergies. C'est notre responsabilité envers les générations à venir.

Cette responsabilité publique nous permet de rappeler également qu'il ne faut pas oublier que le secteur de la production et du transport d'énergie est un secteur économique stratégique. Non seulement il est indispensable à l'ensemble de l'économie –et des activités humaines- mais il est également pourvoyeur d'un nombre très important d'emplois.

Il nous faut garder à l'esprit que la région Rhône-Alpes est la première région productrice d'énergie électrique d'Europe –avec une production d'électricité représentant le quart de la production nationale. Rhône-Alpes possède une expertise unique dans tous les domaines de l'industrie électrique –notamment nucléaire-, de la recherche à la conception, de la maintenance au démantèlement dans l'exploitation des centrales au transport de l'électricité.

De part sa situation géographique, et grâce à son tissu industriel dense, notre région est également en pointe en terme de transport, transformation et raffinage des hydrocarbures et gaz.

Ainsi l'ensemble du secteur énergétique en Rhône-Alpes génère, directement et indirectement, 100 000 emplois.

Il est donc primordial d'établir une stratégie d'ensemble de développement industriel du secteur énergétique, afin de relever à la fois le défi de la rationalisation de la production, en adéquation avec les besoins du territoire, ainsi que la consolidation des emplois de ce pan de l'économie.

Cela confirme l'intérêt de la mise en place d'un Comité Stratégique de la filière énergie, Coprésidé par la VP christiane Puthod.

Les mutations profondes à l'oeuvre en matière de production et de distribution d'énergie demanderont un effort de formation des personnels et d'adaptation de l'outil industriel. La mise en place de comités stratégiques de filières, afin de donner une cohérence d'ensemble et de veiller à l'utilité sociale et environnementale des transformations engagées est indispensable.

Il nous faut également agir rapidement sur les logiques de financement de l'industrie énergétique ainsi que sur les questions de gouvernance de ce secteur stratégique. Cela sera développé par Gilles Ravache.


François Auguste -DEBAT SUR LA TRANSITION... par Frontdegauche-Rhonealpes