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Tourisme, Montagne, Agriculture

SYLV’ACCTES RHONE-ALPES : « DES FORETS POUR DEMAIN »

Lors de l'adoption de notre politique régionale pour la filière bois en 2012 puis en 2013, nous avions acté le principe de travailler à la mise en place d'« Aides régionales en faveur d'une gestion forestière dynamique et durable ». Mais notre groupe avait exprimé son refus envers les mécanismes de compensation carbone dont il semblait alors question. Nous avions en effet pointé un certains nombre d'effets pervers que pouvaient engendrer ces mécanismes.

Mais la délibération qui nous est présentée aujourd'hui a largement tenu compte de nos propositions et nous sommes satisfaits de son aboutissement.

Les Projets Sylvicoles Territoriaux (PST) constitueront des itinéraires sylvicoles répondant à une critérisation précise fondée sur les aspects suivants : atmosphère, biodiversité et emploi. Ils s'intègrent dans les PSADER (Projet Stratégique pour l'Agriculture et le Développement Rural) et ne se surajoutent donc pas à l'existant, ce qui permettra une meilleure mobilisation de ces dispositifs. L'association 1901 'Sylv'acctes Rhône-Alpes', dont l'objectif sera l'atténuation du changement climatique par une sylviculture adaptée, durable et multifonctionnelle, pilotera ces projets. Il s'agira donc bien de valoriser des services écosystémiques des forêts par le captage et le stockage de CO2 atmosphérique dans les produits bois. En outre, ces itinéraires seront destinés dans leur exploitation finale à du bois d'œuvre permettant de fixer durablement le CO2.

Ce fléchage vers le bois d'œuvre local, que nous appelions de nos vœux, nous semble donc cohérent tant en termes environnementaux qu'en terme d'emplois quand on sait qu'il faut 500 M3 pour créer un emploi dans le bois d'œuvre alors que pour le bois énergie il en faut 5000. De même, le bois d'œuvre possède la vertu de stocker le CO² quand le bois de chauffe le libère.

Nous avions également alerté vivement l'assemblée sur le fait que ce dispositif régional ne s'intègre pas au marché des quotas de CO2, qui n'a jusqu'ici réussi à prouver son efficacité que pour la spéculation et son inefficacité pour le climat... Nous sommes donc satisfaits que 'l'ensemble de ce projet se positionne hors du cadre formel de la compensation carbone'.

Nous dénoncions la tentation de « greenwashing » que pouvait engendrer le fait que des investisseurs privés puissent se racheter une image en participant financièrement au mécanisme. L'adoption d'une charte éthique et la critérisation imposée aux partenaires de Sylv'ACCTES nous rassurent sur ce point. Nous souhaitons que cette critérisation permette d'empêcher tout effet d'aubaine pour les pollueurs-mécènes attirés par tout « verdissement facial », comme précisé dans la délibération.

Nous avions particulièrement insisté sur l'importance d'associer l'ONF à nos travaux, dans la suite logique du vœu que nous avions fait adopter par la Région en 2012 pour 'sauvegarder le service public de l'ONF dans son rôle majeur de préservation et de gestion de la forêt'. Nous notons avec satisfaction le travail important de coopération dans ce projet avec les communes forestières, le CRPF et l'Office National des Forêts. De même, le travail réalisé en commun avec les associations comme la FRAPNA, LPO et WWF aura contribué à aboutir à un projet co-construit avec des acteurs essentiels à la création de ce dispositif.

Nous sommes donc ravis que nos propositions aient été intégrées. Cependant vous ne serez pas surpris que nous apportions tout-de-même quelques bémols sur le fond.

Il s'agit en effet tout de même d'une structure de mécénat forestier privé et public qui vient palier aux carences liées à la disparition du Fonds forestier national. Contrairement au Fond, ce dispositif ne garantit plus la péréquation et ne permet pas une vision nationale. Le risque étant que dans le contexte de crise et de réduction des budgets publics, seules les collectivités et les entreprises les plus riches puissent se permettre d'investir. La création d'une structure régionale redistribuant les fonds en fonction de l'intérêt durable des forêts rhonalpines permet de rééquilibrer quelque peu cet aspect.

Mais au-delà de cette garantie régionale, nous souhaitons une gestion planifiée et durable des forêts qui passe par le renforcement du service public. Or, le Projet de loi sur l'avenir de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt était examiné au Sénat le 8 avril dernier, il prévoit la diminution de la superficie de la forêt française, en instituant une compensation financière au défrichage. Parti pris d'autant plus extravagant qu'il est supposé une sous-exploitation de la forêt en France. Dans un domaine où le temps long est inhérent à la pérennité des écosystèmes, nous ne pouvons que déplorer une fois encore la recherche du profit, au travers de choix mettant bien souvent en péril ce milieu fragilisé par une surexploitation déraisonnable.

Par ailleurs, nous veillerons à ce que la Région poursuive ses financements envers des dispositifs qui ne sont pas intégrés dans les PST.

Enfin, alors que nous sommes très satisfaits du choix d'un statut d'association loi 1901, nous regrettons que la composition de son conseil d'administration n'accorde pas d'avantage de place aux collèges 3 et 4, c'est-à-dire aux porteurs de projets forestiers à la société civile et aux acteurs du monde de l'énergie et du climat au sein de sa vice-présidence. Nous ne comprenons pas la position privilégiée qu'occupent les entreprises privées et qui risque de nous positionner dans une logique de privatisation de la forêt.

Malgré cela, nous pensons qu'il s'agit d'un bon projet, nécessaire, intéressant et ambitieux, dans la mesure où il prévoit, au cours des 5 prochaines années, de stocker ou d'éviter l'émission de 500 000 tonnes de CO2, ce qui représente l'équivalent de la consommation électrique annuelle d'une ville de 300 000 habitants. Cet objectif, s'il est atteint, représente un chiffre conséquent à côté duquel nous ne pouvons risquer de passer. Les forêts, deuxième puits de carbone après les océans, doivent être au cœur de nos préoccupations ici en Rhône-Alpes, comme ailleurs, ainsi que l'avait démontré notre soutien à l'initiative équatorienne Yasuni ITT.

Permettez-moi, à ce propos, de conclure par une citation de Chico Mendes, syndicaliste brésilien qui s'est battu pour la défense de la forêt amazonienne et assassiné sur ordre d'un riche propriétaire terrien en 1988 :

« Au début, je pensais que je me battais pour sauver les hévéas ; puis j'ai pensé que je me battais pour sauver la forêt amazonienne. Maintenant, je sais que je me bats pour l'humanité ».